Qui défend encore nos prolétaires ?

25/06/2017

L’histoire commence par la fin. Clémentine Autain, du site d’extrême-gauche Regards.fr, terminait ainsi un article sur Macron : « à gauche, pour tenir la dragée haute à Emmanuel Macron, il ne suffira pas de lui opposer les mots et les recettes du monde passé. » Pas sûr que la dame ait été bien entendue dès l’instant où on prend la peine de disséquer la dialectique usée de ce qui s’appelle, en France, un Front de Gauche. Ni en Belgique avec un PTB déclinant des récits identiques. Car au-delà des idées, beaucoup semblent avoir perdu le sens des priorités : entre l’idéologie religieusement entretenue et « savoir parler au peuple », il y a un océan.

Démonstration sur Atlantico, qui reprend les propos tenus au Cercle Aristote lors d’un débat avec un conseiller économique FN. L’intéressé avait ouvertement plaidé pour une interdiction des robots dans les entreprises (notamment les hypermarchés) et par l’obligation que Marine Le Pen imposerait de les remplacer par des salariés français. Sans quoi les entreprises devraient payer des taxes. Pas de doutes, c’est LE discours qui plaît au sans-grade et au prolétaire, le genre de logorrhée qui apporte un vent frais et qui va droit au cœur du sans-dents. En face, une nuée indéfinissable de militants agite une brocante d’idées dont la gauche serait l’héritière : socialiste, communiste, écologiste, libertaire, féministe, anticolonialiste, pacifiste, antiraciste, altermondialiste, chaviste, pro-palestinienne et on en passe. Fallait-il s’étonner que les prolos, dont l’horizon se limite au pain et au foot, s’en aillent dès lors écouter Marine, la blonde qui « parle des choses d’ici » ?

Pour enfoncer le clou, ce front de gauche en papier mâché a montré une image pitoyable d’égos surdimensionnés. À l’hiver dernier, les prolos voyaient ainsi le Parti communiste français désigner sa propre candidate –  une inconnue – aux présidentielles alors que Jean-Luc Mélenchon annonçait la sienne et entendait que « sa » France insoumise – un bébé créé par lui –  soit le cadre unique d’une vraie gauche pour le scrutin présidentiel et législatif. Mélenchon, auto-proclamé président de la Gauche, a ainsi entériné l’idée que cette offre protestataire partait en c…., comme on dit si élégamment. Message entendu en haut ? Que nenni, quand il s’agit du pouvoir, les luttes idéologiques font places aux pires tactiques, bien loin des souhaits de l’électorat populaire. Et pendant tout ce temps, la blonde Marine et un certain Emmanuel Macron engrangeaient sans compter.

Pour se donner une toute petite idée de ce qui se trame dans le cerveau de l’électorat populaire que plus personne n’écoute, prenons pour exemple l’un des cinquante mille commentaires de ce genre :

COLLET dit

« Pour tenir le cap, la gauche, qui avait un pas de plus à faire – et qui fut franchi dès 1983 – dut abandonner “sa” classe ouvrière et se rabattre sur les arabes-musulmans !! Je suis incapable de dire le dégoût que depuis me provoque cette gauche. » (site Causeur, tout un symbole).

Bien-sûr, les rabatteurs de la CGT, de la FGTB bien d’autres sont là pour compenser « l’oubli » des politiques. Sauf qu’aucun syndicat ni association quelconque ne siège dans une assemblée élue. Pour eux, la politique se fait alors dans la rue, avec les résultats que l’on sait.

La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon est restée scotchée à un discours passéiste et pompeux, inaudible chez Whirpool Amiens ou chez l’agriculteur Dédé en Franche-Comté. Contrairement  aux idées reçues, le prof Mélenchon ne brasse pas chez les populos mais bien chez les bobos urbains. Les vrais prolos, eux, partent chez Marine et, en Belgique, au PTB. Ce corpus d’illusionnistes surfe pour le moment sur une vague de « dégagisme », terme désignant l’éviction rapide des élus continuellement présents dans le paysage médiatique. Un dégagisme qui n’est pas une lubie de quelques militants surchauffés. Jean-Christophe Cambadelis, ex secrétaire du moribond PS français se désolait il y a peu dans l’Opinion : « Nous avons perdu 40.000 militants en trois ans. Notre défi est maintenant de se réapproprier le terrain. À tous les échelons, pour ne pas être à la merci en France d’un mouvement comme Podemos. »

Je vais vous rassurer,  Jean-Christophe : il n’y aura pas de Podemos français ni belge. Tout simplement parce que ces assemblées pseudo-citoyennes n’ont aucune expérience en politique, d’une part, et que d’autre part leur radicalisme leur interdit tout forme de compromis et de négociations, ADN indispensable pour diriger un pays. Cette situation de blocage renvoie, une nouvelle fois, les prolos devant de hauts murs aux tons brun foncé ou rouge faucille. Pauvres prolétaires, ils valent mieux que ça…

 

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